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Autonomie (21) La nature est têtue !

Je suis tombé sur une vidéo de Franck Nathié qui énumère les erreurs qu’il a commis dans ses forêts nourricières. Je partage un certain nombre d’enseignements de ce jardinier.


Le premier écueil révélé par la vidéo est la perte de temps, d’énergie  et d’espace consacré à la culture de plantes peu utiles. Franck insiste sur la manie de vouloir tout collectionner à la manière d’un jardin botanique. Je rejoins Franck sur ce point, j’ai mis dans mon jardin de nombreux arbres qui ont peu d’intérêt dans une perspective d’autonomie alimentaire :
des arbres qui produisent des fruits que je ne consomme pas : c’est le cas de certains agrumes trop acides (citrons, limequat, poire du commandeur, kumquat…). Ces arbres ont une valeur ornemental, ils viennent égayer le jardin en hiver, embaumer au printemps, attiser la curiosité… Mais ils ne me nourrissent pas ! Tandis que les succulents mandariniers sont bien insuffisants pour satisfaire mes besoins.
des arbres qui produisent peu. Actuellement c’est le cas de la majorité de mes arbres ! Mais il existe des espèces, des variétés plus ou moins productives. Par exemple les noix de Pécan : cet oléagineux original ne produit que très peu de noix malgré la taille gigantesque des arbres. Ainsi on consacre beaucoup d’espace et de ressources pour des arbres produisant surtout de la biomasse…
– des arbres qui produisent des fruits pouvant amener un déséquilibre alimentaire. Je pense en particulier aux figuiers. Il s’agit d’arbres adaptés à mes conditions pédoclimatiques. Les figues ont une saveur très sucrée et ont tendance à supplantet les autres fruits. Cela engendre un déséquilibre que je ne suis pas le seul à subir, puisque l’analyse des excréments des animaux sauvages qui se goinfrent de figues sont également perturbées. D’autant plus que les figues sont abondantes et je ne parviens pas à en venir à bout ! L’abondance de figues fait que l’on se détourne du raisin, des pêches, des melons… La diversité dans l’assiette passe par la diversité dans le jardin, il faut donc éviter la monoculture.
pas les bonnes variétés. Sur ce point je suis plus ou moins d’accord avec Franck. Prenons le cas de la cerise Blanchard. Certes, il ne s’agit pas d’une cerise très goûteuse, mais sa précocité (1 mois avant Burlat) fait que je n’en gâche pas une seule ! Pour les mandarines, il y en a des meilleures que d’autres et je vais prioritairement reproduire les plus sucrées et parfumées.
multiplier les arbres chétifs. Dans mon jardin, j’ai une dizaine de plaqueminier. Mais un seul produit et se développe pleinement. A quoi bon tant d’efforts en arrosage, en soin divers lorsqu’un seul arbre est vraiment efficace et complètement autonome ?
des arbres fragiles : j’ai greffé de nombreux pêchers sur des amandiers sauvages, mais ils sont très vulnérables à la cloque. Les arbres finissent par périr. C’est dommage, d’autant plus que les pêches de vignes résistantes à cette maladie sont très bonnes !
– ne pas tenir compte des spécificités pédoclimatiques, un « acclimateur » a une démarche qui peut aller à l’encontre de la nature. C’est la raison pour laquelle je conseille vivement de chercher le meilleur compromis entre vos conditions de culture et la variété. Plutôt que de planter n’importe quel noyau, bouture ou scion ; je m’efforce de tirer profit des expériences d’autres jardiniers. Du coup, je consulte de nombreux blogs, forum, papiers scientifiques afin de connaître les limites de chaque espèce. Ainsi, il me semble inutile de planter une graine d’un avocat de type antillais en France (excepté certains coins privilégiés) : il souffrira beaucoup en hiver (à partir de +2°C il est abimé et peut mourir), ne produira pas ou peu de fruits (les températures lors de la pollinisation seront trop faibles) et il sera toujours assoiffé ! Le palmier dattier est un autre exemple marquant : pourquoi reproduire des variétés tardives qui ont bien du mal à mûrir ? Il faudrait importer des variété hâtives.
– ne pas être trop idéologique. Je n’arrête pas de le répéter : ce ne sont pas les dogmes (permaculture, principes…) qui font pousser les plantes, mais la nature ! Les idées et les bonnes intentions sont une chose, mais regardez autour de vous. Comme le fait remarquer Franck dans sa vidéo, les fixateurs d’azote constituent une belle théorie, mais des cultures dépourvues de ces légumineuses s’en sortent très bien et sont productives ! Au bord des routes, au bord des maison, au bord des murs les arbres se plaisent souvent car ils bénéficient d’une portion de sol à explorer qui est couverte. Certes le bitume, le béton ou le mortier ne sont pas des matières très nobles, mais elles sont peut-être moins nocives qu’un sol mis à nu ?
la diversité à tout prix. La encore, le mieux peut être ennemi du bien. On se retrouve avec des systèmes complexes où il faut des heures pour récolter quelques fruits dispersés. Des arbres regroupés, éventuellement taillés sont parfois préférables et les avantages de la diversité en terme de lute contre les agresseurs est discutable (Franck doute de l’efficacité de la confusion olfactive).

Je suis toujours victime du syndrome du collectionneur. Dans un monde où l’on est si éloigné des principes naturels, on peut chercher à compenser ce manque par une obsession à amasser des végétaux divers. Il n’est pas toujours facile de trouver les bonnes variétés alors on se rabat sur ce que l’on trouve. J’aimerai tant avoir des variétés sélectionnées de Sapote blanches de Californie (Sue Belle, Vernon…) qui sont bien plus goûteuses et productives que nos arbres francs d’Europe ! Mais à défaut de les obtenir, je me rabats sur des semis, en espérant être chanceux. Mais il est probable que je perde un peu mon temps, à moins que je sois également nourri par la beauté de ces magnifiques plantes exotiques ?

Je pense que l’acclimateur doit trouver le bon équilibre entre des tentatives tout azimut et des expériences très ciblées. On est pas à l’abri d’une belle trouvaille : ainsi, M. Hass en semant partout des noyaux d’avocats a trouvé la perle rare ! Ces réflexions vous aideront peut être à trouver un équilibre entre la mise en pratique de connaissances consolidées et le goût de l’expérience !

Rappelez-vous également que pour assurer la base de l’autonomie, quelques arbres très productifs peuvent suffire (un pommier peut produire 300 kg/an, un olivier 20 kg, un oranger 50 kg, un avocatier sous nos latitudes 50 à 100 fruits…).

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  1. Jean-loup Charpentier

    Tout a fais d’accord également. Les jardins d’acclimatation servent à cela et permet ensuite de dégrossir en voyant les résultats des végetaux.

  2. Romain

    Quel boulot ! merci a vous de me (nous) faire progresser en évitant les écueils vers lesquels je (on) tend naturellement. L’expérimentation est un travail de fourmis (et dieu sait qu’elles me tuent/fragilise de nombreuses plantes) mais reste un travail méritant pour se dire que demain on pourrait consommer local beaucoup plus qu’aujourd’hui. Mon expérience certes différente reste assez proche où on recherche l’optimisation avec des résultats parfois plus que décevants (goût et quantités). Un bon jardinier apprend … je reste la dessus et je continue d’apprendre