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L’eau et les plantes

L’eau est primordiale pour l’agriculture. Tantôt en excès, les fruits regorgent d’eau et deviennent insipides ; mais lorsqu’elle vient à manquer les végétaux ne se développent plus correctement. Aujourd’hui, on a oublié qu’il existait – il y a moins d’un siècle – une agriculture sans les techniques modernes d’irrigation.
Lorsque j’arrose un arbre, j’ai un sentiment diffus de culpabilité ou d’échec. Pourquoi donc arroser un arbre lorsque d’autres sont parfaitement autonomes ? Est-ce que je n’en fait pas un sujet dépendant de l’eau ?
J’habite un climat particulièrement rude. Cette année, par exemple, il y a un déficit en précipitation très marqué. Depuis 6 mois, il n’a plu que 150 mm… Sans épisode pluvieux significatif pour régénérer les réserves. Ainsi, mes arbres sont obligés de puiser profondément pour subvenir à leurs besoins en eau. A ce jeu-là, tous les arbres ne sont pas égaux ; certains ne semblent pas pâtir de la situation tandis que d’autres sont déjà morts.
Malgré le fait que l’on puisse recourir à un système d’irrigation de manière modérée, j’ai décidé de ne pas me résigner à utiliser un système d’irrigation. Mon objectif d’autonomie ainsi que la volonté de rechercher des modes de culture vraiment naturels me poussent à essayer d’améliorer la structure de mon sol afin qu’il puisse capter et restituer le maximum d’eau possible. A cet effet, je m’intéresse beaucoup aux expériences de maraîchage sur sol vivant. Je ne me trouve pas du tout dans les même situations climatiques, mais leurs témoignages m’inspirent quelques tentatives. Je remarque d’ailleurs que les amendements et les soins que je pratique au sol permettent d’améliorer ce dernier ; mais pas au point de permettre à tous les végétaux de résister aux conditions extrêmes de mon climat. Je remarque par exemple que l’enherbement est vert plus longtemps et cela de manière indépendante de la pluviométrie (lorsque je suis arrivé sur mon terrain, l’herbe était grille vers le dix juin, aujourd’hui c’est plutôt fin juin/début juillet). Je constate également que non seulement le sol est important mais également la rusticité de la plante. Il y a d’une part la faculté d’adaptation propre à certains végétaux et d’autre part le mode de reproduction. Je joue essentiellement sur ce dernier facteur et je favorise les semis ainsi que la greffe sur des arbres poussant spontanément. Les enseignements que je tire du semis son précieux. Ainsi, dans les conditions extrêmes de mon jardin les boutures de figuier donnent naissance à des arbres assoiffés et chétifs tandis que les semis se montrent résistants aux conditions climatiques. En fonction de l’endroit où ils ont été semés, mes figuiers de semis font des pousses pouvant dépasser 1 mètre par an. Même constatation chez l’abricotier, le pêcher, le pommier et le poirier de semis. D’autres espèces, même semées restent dépendantes en eau. C’est le cas de nombreuses plantes exotiques telles que les avocatiers,  anonacées, kiwi, nèflier du Japon…
Certaines plantes sont un peu plus adaptatives, je remarque en particulier les très bon comportement des agrumes et goyaviers (feijoa et Catley).
D’autres plantes jouissent d’une réputation qui a dû être fomentée ailleurs que dans le Gard puisque la vigne par exemple résiste mal aux situations extrêmes du département (canicule historique à 45.9°C). Pour les plantes annuelles, je constate qu’un départ printanier dans des conditions très arides ne permet pas aux plantes de se développer et de produire correctement. Parmi toutes les tentatives, je constate que les meilleurs résultats obtenus sont ceux en « no dig gardening » (culture dans du composte et sans couvert) ainsi que mes carrés de culture (semis à l’étouffé).
Mais pourquoi m’obstiner à réaliser ces expériences ? Je pense que lorsque vous aurez goûté une tomate qui s’est développée dans ces conditions extrêmes et qui a su se défendre des attaques du milieu, vous aurez compris que l’objectif n’est ni plus ni moins d’obtenir une saveur pleinement satisfaisante. Lorsque je mange une tomate bio ce sont des litres et des litres d’eau que je consomme. Généralement la saveur est passable à mille lieues de ce que je cultive dans mon jardin ! Pour ceux qui douteraient de mon objectivité (et ils ont bien raison), je leur répondrai que dans la riche terre de ma cour en centre-ville, il m’est arrivé de cultiver des tomates qui bénéficient de suffisamment d’eau. Leurs saveurs égalent en insipidité celles du commerce ! Je suis également arrivé au constat que malgré toutes les améliorations que l’on peut apporter à son sol, il faut tenir compte du milieu optimal ; ainsi il est difficile de cultiver de la tomate en plein champ à Cherbourg tout comme il est difficile de cultiver des céleris branches dans la garrigue.
Le cas des physalis :
Les physalis en condition abrité se comportent comme une plante pluriannuelle. J’observe que les sujets qui ont deux ou trois ans, sont beaucoup plus tolérant au manque d’eau. Leurs racines doivent probablement puiser plus profondément ? De plus, le paillage naturel de feuilles de physalis séchées protège le sol. Je me demande également si les déchets d’une plante ne constituent pas le meilleur engrais pour cette même plante ? L’observation me pousse à poser la question en tout cas…
Tableau des plantes classées selon leur résistance au manque d’eau.
observations à Nîmes, début juillet 2019
cumul de précipitations sur les 6 premiers mois de l’année : 146.1 mm,
cumul de précipitation maximum en 24 h : 17.3 mm le 25 avril 2019.
Type de plantes Remarques
Plantes « indigènes » Pins, Olivier, Amandiers, Pistachier Térébenthine, Figue de barbarie, Micocoulier, chêne vert
aucun stress hydrique apparent, croissance stoppée ou ralentie en cas de fortes chaleurs (T>40°C)
Plantes « indigènes » greffées Pêcher greffé sur amandier comportement semblable à celui des « indigènes », même si la greffe est récente (quelques mois)
Plantes en semis direct ou semis indirect pas ou peu de stress : Jujubier , pêcher, amandier. Sauf pour les sujets semés l’année même, ils peuvent être défoliés et mourir.
Plantes assez résistantes Laurier Thin, Laurier Sauce, Prunier sauvage. Le stress hydrique est visible, mais la plante se remet très bien des périodes de sécheresse. Je constate que des marronniers âgés sont devenus tout bruns et ont perdus leur feuillage.
Plantes en semis direct ou semis indirect assez résistantes Abricotiers (en fonction de la situation, plus ou moins résistant), Pruniers Reine-Claude, Pommiers (se montrent assez tolérant à la sécheresse, un peu moins résistants qu’Abricotiers)
Plantes Kaki (très variable selon installation, généralement ils perdent leur fruit en cas de fortes chaleurs)
Légumes Stress hydrique, mais retrouve vite un bon état en cas d’arrosage : Physalis, Topinambour
Annuelles Tomate
Exotiques, fruitiers Agrumes, Goyave, Sapote Blanche, Avocat.
Jeunes plants Les jeunes plants exotiques (avocat, chérimoya, sapote negro…), non exotiques (nèfles, pommiers), légumes (carottes, choux…) ont besoin d’un arrosage régulier.

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  1. Thierry BOCCARD

    Merci pour ce partage. Concernant les plantes exotiques, il me semble qu’il faudrait différencier celles qui se développent naturellement dans des région chaudes et humides style l’Amazonie au Brésil et celles qui proviennent de régions chaudes et sèches style le Maghreb, l’Uruguay ou le Paraguay.

    • Benoit Vandangeon

      Oui ! Ce petit article sur l’eau est vraiment partiel. Le sujet est immense…
      Je propose ce petit tableau d’observations avec des classifications non détaillées. A vrai dire je ne pense pas cultiver de plantes équatoriales. Avocatier mexicains (hauts plateaux du nord du Mexique), sapote Blanco (idem bien que tolérant des situations tropicales), agrumes (la plupart sont d’origine chinoise), goyaviers fraise (sud Brésil et Uruguay)… Ce sont tout au plus des plantes subtropicales ?
      La culture de plantes équatoriales se butent à de nombreuses difficultés sous nos latitudes… Ce n’est plus une question d’eau.
      Je trouve qu’il existe assez peu d’études sérieuses, soutenues par l’expérience au sujet de l’eau.
      Si vous écoutez les permacultureurs, ils prétendent avoir la recette pour re-verdire le désert ! J’aimerais bien trouver des informations vraiment concrètes sur le sujet.