L’instinctothérapie 

En cette fin d’année 2025, Guy-Claude Burger, l’inventeur de l’instinctothérapie s’est éteint à l’âge de 91 ans. Pourquoi évoquer sa disparition sur ce blog ? Car probablement sans le vouloir, Guy-Claude a amené beaucoup de gens à reconsidérer ce qu’ils pensaient des fruits exotiques ! Comme des milliers de personnes qui ont pratiqué l’instinctothérapie, j’ai découvert une multitude de fruits exotiques dont j’ignorais l’existence ! Et avec ce mode d’alimentation on les découvre de la meilleure manière : une phase lumineuse sur le durian, s’extasier avec un cempedack mûr à point, découvrir le flanc originel en plongeant sa petite cuillère dans une sapote mamey !

Plutôt que de refaire la biographie de Guy-Claude, je vais m’en tenir à ce que j’ai pu apprendre grâce à lui. A la fin des années 80, j’étais préoccupé par mon régime alimentaire. Je cherchais à comprendre quelle nourriture était la plus adaptée à mon organisme. Je me souviens que mon père qui revenait du potager avec des salades fraîches, disait à ma mère que les produits du jardin étaient incomparablement meilleurs. A cela j’objectais que l’on ne connaissait pas la vraie saveur de sa laitue puisqu’elle était mélangée avec des tomates et assaisonnée d’une vinaigrette ! Et je proposais de consommer les aliments bruts, sans transformation, un par un et sans sauce. Je me souviens avoir préparé un repas composé de petits bols remplis d’aliment cru. On pouvait, dès lors, savourer le vrai goût de chaque produit sans être perturbé par des combinaisons complexes. La petite expérience fut conduite qu’une fois, mais elle avait eu le mérite de montrer que je me souciais de l’alimentation. Quand un collègue de ma mère lui parla d’instinctothérapie, c’est naturellement qu’elle me dirigea vers lui. Je lu “La Guerre du Cru” (Edition antérieure à “Manger Vrai” de Guy-Claude Burger) en une nuit. Depuis que j’ai refermé le livre, je n’ai plus rien mangé de transformé. J’avais envie de consacrer ma vie à expérimenter ces règles alimentaires originales qui me paraissaient si évidentes. Certes j’étais déjà sensible aux bienfaits des aliments crus et non mélangés ; mais la théorie de l’instincothérapie m’aidait à comprendre beaucoup plus de chose et d’aller bien plus loin ! Guy-Claude Burger avait “redécouvert” le rôle de l’instinct alimentaire. L’alliesthésie était devenue la pierre angulaire d’un régime alimentaire équilibré. Le corps serait capable d’indiquer quel aliment manger et en quelle quantité ! Nos sens  nous guideraient pour choisir les aliments (principalement avec l’odorat), et déterminer la  ration utile grâce aux changements de goût. Ces mécanismes naturels – endormis faute d’entraînement – seraient susceptibles d’apporter au corps la nourriture de la meilleure manière ! Tels sont les postulats et les promesses de l’instinctothérapie. 

Ce régime est une véritable utopie à l’heure du chewing gum et du micro-onde. Mais peu importe ! N’avons-nous pas le droit de vouloir se rapprocher de ce qui nous semble bon et sain ? Comment donc revenir à des produits originels dans un écosystème si perturbé ? C’est ainsi que l’instinctothérapie donna naissance à Orkos, une entreprise qui commercialisait des denrées le moins dénaturées possible. Des milliers de clients à travers l’Europe pouvaient ainsi pratiquer ce régime hors norme en cure ou de manière permanente !

Une fois mon bac en poche, je rejoignis le centre national d’instinctothérapie au Château de Montramé. A cette époque Guy-Claude Burger n’avait pas le droit de s’y rendre – la justice l’avait dans le collimateur pour exercice illégal de la médecine et n’appréciait pas ses ouvrages autant que moi ! Il faut dire que Guy-Claude Burger aime bien taquiner : il avait osé parler d’instinctothérapie à l’émission Ciel Mon Mardi animée par Christophe Dechavanne. L’instinctothérapie était un régime qui avait la côte. Avec quelques bénévoles nous avions sondé les parisiens et un bon tiers d’entre eux avait déjà entendu parler de l’instinctothérapie ! A part quelques rares scientifiques (dont le professeur Seignalet) qui s’intéressaient à ses thèses alternatives, l’instinctothérapie rencontrait beaucoup de méfiance voire de l’hostilité. Plutôt que de rester sur le terrain de l’argumentation, les attaques étaient monnaie courante. 

Au château, nous accueillons des curistes souhaitant apprendre la méthode. Nous mettions à disposition un choix d’aliments naturels très diversifiés et les gens exerçaient leur odorat pour trouver les produits qui leur convenaient le mieux. Ce fut une période, où j’étais certes surmené ; mais je ne sentais pas l’effort tant j’étais ravi de me rendre utile, d’apprendre et de transmettre. Je suis reconnaissant à Guy-Claude d’avoir permis de créer les conditions pour qu’une petite équipe de motivés œuvre pour diffuser cette pratique alimentaire.
Je ne souhaite pas évoquer les polémiques et les problèmes judiciaires autour de Guy-Claude Burger, ce n’est ni le moment, ni l’endroit.

En 2017, l’instinctothérapie était tombée en désuétude. D’autres méthodes alternatives qui m’apparaissaient moins solides scientifiquement étaient sur le devant de la scène. Je pris alors ma caméra et je suis allé au Portugal lui poser quelques questions. Je suis content qu’il m’ait accordé cette interview. Je l’ai re-visionné dernièrement. Je pense que Guy-Claude y présente l’instinctothérapie calmement sans être sous la pression d’un journaliste hostile. J’étais frappé par sa vivacité d’esprit et son intelligence. Je ne peux que regretter que ses hypothèses ne fassent pas l’objet d’un examen scientifique impartial. Depuis qu’il a “découvert” l’instinctothérapie, il a toujours œuvré à diffuser ses idées, à proposer une alternative à des gens pour qui la médecine n’avait plus de remède. On l’a accusé à tort de s’enrichir personnellement, je peux témoigner que c’est faux, il vivait chichement et dépensait essentiellement “pour la démarche” (comme il disait). Cet engagement sacerdotal devait peser lourd pour sa famille, puisqu’elle assistait depuis les premières loges aux attaques dirigées contre Guy-Claude.

Je retiens de l’instinctothérapie, une équation logique et simple :  
Avec des aliments non-transformés : ce qui est bon au goût est bon pour le corps.
En revanche, avec des aliments dénaturés : ce qui est bon au goût est aléatoirement nocif ou bon pour le corps. 
Un être vivant qui respecterait son instinct alimentaire serait en bonne santé. Telle est la promesse de l’instinctothérapie. Pourquoi les fruits exotiques étaient-ils si mis en avant ? Tout simplement parce que la science nous apprend que l’homme serait originaire des zones tropicales (Rift africain). On peut donc supposer que nous sommes particulièrement adaptés aux produits originels de cette zone géographique. D’ailleurs ces fruits ont souvent le mérite de nourrir et satisfaire profondément. Guy-Claude se demandait dans quelle mesure l’homme était adapté à l’artifice culinaire. Car sur l’échelle de l’évolution, l’invention du feu date d’hier et les hominidés auraient surtout traversé les âges dans un écosystème crudivore. Bien sûr, avec une théorie aussi radicale, Guy-Claude se mettait à dos toute une société qui avait choisi depuis le néolithique la cuisson. Je regrette que l’instinctothérapie n’ait pas suscité un débat scientifique honnête et apaisé. J’ose espérer que l’instinctothérapie puisse déclencher l’intérêt de futurs chercheurs de vérité afin de faire progresser notre connaissance du vivant. Aujourd’hui, je vous conseille son livre Manger Vrai si la question alimentaire vous intéresse, car il y présente les fondements de l’instinctothérapie. Cet ouvrage n’a pas pris une ride !

D’avance, je m’excuse d’avoir dans cet hommage beaucoup parlé de moi, mais ne voit-on pas le monde qu’à travers son propre regard ? Je voulais surtout remercier sincèrement Guy-Claude d’avoir diffusé ses idées, même contre vent et marée et d’avoir ainsi remis en question notre manière d’appréhender l’alimentation. J’espère que ses travaux sur l’instinctothérapie connaîtront un regain d’intérêt. Je n’en doute pas !

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Commentaires

Une réponse à “L’instinctothérapie ”

  1. Avatar de Tien Ma
    Tien Ma

    Extrait d’article : ” Avec des aliments non-transformés : ce qui est bon au goût est bon pour le corps.
    En revanche, avec des aliments dénaturés : ce qui est bon au goût est aléatoirement nocif ou bon pour le corps. ”

    Certains aliments transformés légèrement ou beaucoup, sont dans le but de transports à distance donc ça peut garder pendant un certain temps.
    On y ajoute des additifs qui pourraient être nocifs, peu ou non.

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