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L’éloge des murs

Un système complet
Quand on cherche à acclimater des espèces fragiles, on en vient à s’intéresser aux conditions climatiques : depuis le climat d’une région, au microclimat d’une parcelle et jusqu’au « macroclimat » d’un bout de jardin… Les murs qu’ils soient naturels (falaises, montagne…) ou artificiels permettent d’obtenir des conditions particulières en terme de température, de vent et d’ensoleillement. Le mur emmagasine la chaleur le jour et la diffuse lentement la nuit en se refroidissant. Ce phénomène fonctionne bien les jours ensoleillés, en revanche lorsqu’il y a plusieurs jours consécutifs froids et couverts l’effet s’atténue.

Je m’en rends bien compte chez moi ! Devant la façade sud de la maison, la neige ne tient pas, et si l’eau est gelée à 3 m du mur elle reste liquide contre le mur. Une maison combine deux facteurs : l’effet calorifique expliqué précédemment et comme la maison est chauffée l’hiver les murs constituent une source de chaleur. A l’inverse, la face nord d’un mur produit des conditions hivernales idéales pour conserver des greffons (et pour cultiver certains jeunes plants qui seraient brûlés par le soleil) ! La couleur du mur joue sans doute un rôle non négligeable : si il est bâti à partir de pierres claires (calcaires), il stockera moins la chaleur que si il est fait en basalte foncé.

Un autre facteur est intéressant à noter : le mur constitue une couverture du sol. Dans mon jardin, lorsque je soulève une pierre, il y a plein de vie : réseau de mycélium, insectes, ver de terre… Ils profitent de cet espace protégé et humide. Si le mur repose sur de grosses pierres (les « semelles ») directement en place sur la terre (sans fondation) ils forment une couverture pérenne efficace favorisant la vie du sol. On pourrait croire que la terre sous la pression du mur soit très compactée. Il n’en est rien, puisque lorsque je démonte un mur je m’aperçoit que la terre est foncée et légère. En faisant des travaux de maçonnerie, j’ai pu observer de drôles de choses : des pierres fendues par des racines, des pierres en décomposition par l’action de champignon, des pierres traversées par des racines… La pierre reste suspendue à la racine lorsque l’on extrait cette dernière du sol ! Les petites pierres poreuses ou aux surfaces accidentées (par exemple des petites boules de mortier à la chaux) sont complètement parcourues de racines qui viennent probablement pomper l’eau piégée dans les recoins. C’est peut-être la raison pour laquelle la roche volcanique pouzzolane constitue un bon « paillage ». Lorsque je fends une pierre au marteau, l’odeur de la roche est surprenante : dégage-t-elle des particules enfermées depuis des temps géologiques ?

D’autre part, les murs protègent du vent. Les rafales peuvent endommager les plantes, c’est pourquoi les plantes trouvent refuge derrière les murs. On reproche aux murs de créer plus de turbulences que les haies végétales. C’est sans doute vrai, mais les turbulences se forment quelques mètres plus loin que le mur (en fonction de sa hauteur) et la plante qui est contre le mur ne souffre pas de ce phénomène.
Le mur peut également aider à la gestion des pluies : les murs de restanque ont tendance à ralentir l’érosion. Dans certains cas, il peut favoriser l’accumulation d’eau en fonction de la culture cela peut jouer en faveur ou défaveur des plantes.

Des mégapoles à insectes

Lorsque l’on me dit que je devrai avoir un hôtel à insectes, je réponds que dans les murs vivent des colonies de fourmis, qu’il y a toute sortes d’insectes, de gecko, lézards, serpents, rongeurs ! Ils se logent dans les interstices, à l’abris du soleil et de la pluie. Les murs sont des havres de paix pour une grande quantité de petits animaux.


A travers le monde et à travers les âges
Les hommes qui ont pratiqué l’agriculture ont du progressivement se rendre compte du rôle protecteur des murs. Tenir les prédateurs éloignés des zones de culture a sans doute motivé l’édification de murs. 

L’un des plus vieux arbre d’Europe (l’olivier de Roque-brune dans les Alpes Maritime) est complètement emmêlé dans un mur. Comme une plante épiphyte on a l’impression que le mur est dévoré par l’arbre !

Aux Acores, des murs de culture façonnent le paysage. La roche volcanique noire vient apporter un surplus de chaleur nécessaire à la vigne pour bien fructifier.

Sur l’île de Pâques, soumise à des intempéries violentes, les pratiques agricoles se sont organisées autour de grottes (Ana Te Pahu) et profitant des zones protégées par le relief.

Je reprends l’hypothèse selon laquelle les constructions mégalithiques (dolmen, cromlech, monolithe, troabourg…) étaient souvent consacrés à l’arbre et la végétation devaient compléter ses édifices massifs pouvant créer des microclimats efficaces. Que penser des menhirs ? Ils constituent des ombrières parfaites et des abris pour les arbres !

Nîmes, vestiges du mur d’enceinte, tour Magne

La ville de Nîmes fut entourée d’une enceinte d’un périmètre de 7 Km délimitant un espace de 220 hectares. On attribue à cet édifice construit sous l’empire romain et détruit au 18ème siècle un rôle glorifique (« Ayant plus qu’une simple valeur défensive, l’enceinte de Nemausus montre surtout le prestige de la capitale des Arécomiques » Wikipedia). Personnellement, je me méfie de ce type d’attribution. N’est il pas plus simple de penser que cette enceinte servait de rempart contre les animaux sauvages, le feu ? L’enceinte devait générer des microclimats propices et les nîmois devaient en tirer parti puisque l’enceinte ne délimitait pas seulement les habitations mais également de vastes jardins en plaine et en garrigue.

Les fermes françaises sont souvent dotées de cours intérieures. Ces espaces privilégiés entre trois ou quatre murs permettent de protéger quelques arbres et les animaux de basse-cour.

On ne peut pas parler du sujet sans évoquer les murs à pêches qui ont fait la réputation de la région parisienne dès le XVIIème siècle. Je vous invite à lire l’article sur Wikipedia à ce propos. Quelques enseignements de ce système cultural :
– « Dans ces parcelles isolées, la température était couramment supérieure de 8 à 12 °C à la température ambiante »,
– les gelées tardives qui détruisent les bourgeons à fleur, les fleurs ou les jeunes fruits sont évitées,
– les précipitations printanières n’entraînent pas de cloque massive.
Malheureusement, sur les 600 km de murs initiaux, il ne subsiste que 17 km fortement dégradés en 2006.

A Menton, l’amphithéâtre constitué par l’arc montagneux qui embrasse la région procure un microclimat favorable à la culture du citron. Cette culture traditionnelle date du moyen age. La falaise de Garavan procure un « macro-climat » encore plus favorable sur les quelques hectares compris entre ce mur naturel et la méditerranée. Il s’agirait de la seule zone USDA 11 de France (permettant de cultiver papaye, mangue, banane…). Un paysagiste de Roque-brune-Cap Martin témoigne : « C’est justement à Menton Garavan qu’il n’a pas gelé en 56 et 86, pour cette raison, alors que j’ai eu -5°C dans mon jardin en février 86, à seulement 5 km, à Carnolès, de l’autre côté de la baie« . Même topo pour la Costa del Sol, où la sierra Nevada constitue une barrière naturelle aux intempéries venues du nord. L’effet de foehn joue alors un rôle surprenant : le vent froid se réchauffe une fois qu’il a franchit l’obstacle formé par le relief.

Optimiser les murs


Les murs constituent un abri durable pour les plantes, contrairement aux tissus anti-gel. L’idéal est un mur en arc de cercle qui vient entourer la plante. On peut faire courir sur le mur une plante grimpante caduc (par exemple une passiflore, une vigne) l’été pour réduire le rayonnement. Le palissage de l’arbre permet de garder la plante sous l’influence du mur.
On a souvent peut que les racines ne viennent détruire les murs ou les édifice à côté desquels ils sont construits. Cela est sans doute vrai pour des arbres à fort développement (figuier), mais pour la plupart des arbres les dégâts sont minimes. Il arrive même qu’un arbre retienne un mur de s’effondrer. Pour ma part, je façonne dans mon jardin des espaces protégés grâce à l’édification de murs. Ils me permettent d’obtenir des plantes qui ne pourraient se développer sans leur protection : avocatiers, agrumes, chérimoliers… Les photos de ces avocatiers poussant dans l’Hérault ou en Ardèche montrent bien que les pierres aident ces arbres à s’acclimater.

La Voulte sur Rhone (Ardèche, photo forum fousdepalmier)
Jeune avocatier (Hérault)


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  1. Lepanneur

    Je connais une mini carrière abandonnée qui forme un cirque de falaises face au Sud.
    C’est un endroit dans lequel j’ai greffé des pistachiers térébinthes.
    Les arbres bénéficieront de la chaleur rayonnante mais aussi de l’eau car le sol est assez peu profond donc l’eau ne descend pas.

    C’est vrai que le côté nord des murs est favorable au plantes fragiles (avocatier/agrumes), ils ont le plein soleil seulement le matin et la soir.