« Pourquoi tant de haine et torturer ces pauvres plantes. Un petit goutte a goutte le temps de les installer déjà ça coûte rien et si pas d eau et bien avec un récupérateur et par gravité. Et surtout mais achete du paillage mon gars. Ça coûte rien au pire tu mets du broyage.
Alala. J aime bien tes vidéos mais j aime pas qu on torture les plantes. En plus on est du meme coin.sur ce A+«

https://acclimatons.com/leau-et-les-plantes/
Je crois avoir déjà répondu à ce genre de commentaire, mais je profite de cette perche tendue pour préciser mon point de vue, car chacun a une approche différente. Voici, pêle-mêle les principales raisons qui me motivent à ne pas installer de goutte-à-goutte :
- L’éthique (une notion fréquente chez les permaculteurs). Pour moi, l’éthique n’est pas une valeur que l’on abandonne dès que l’on est confronté à la réalité. Convaincu par le low-tech, je rêve depuis tout gamin d’autonomie et de vie hors réseau (eau, électricité, etc.). C’est plus fort que moi. Lorsque mes voisins évoquent des coupures de courant ou d’eau, je leur réponds souvent que je ne m’en suis même pas aperçu. Le réseau reste un confort que j’utilise en appoint ou pour recevoir, mais j’ai plaisir à pouvoir m’en passer.
- L’acclimatation : telle que je la conçois, elle consiste à offrir à une plante des conditions proches de son biotope d’origine. Or, le goutte-à-goutte n’existe pas dans la nature.
- Le principe d’autonomie : l’adage permacole « suppléer une fonction a tendance à l’atrophier » résonne particulièrement chez moi. (En annexe, ce point est développé)
- L’enracinement : le goutte-à-goutte entretient un système racinaire superficiel et une dépendance à cet apport programmé.
- Le retour d’expérience : j’ai testé le goute à goute au mazet. Sur un terrain en forte pente avec des centaines d’arbres très espacés, le coût devient vite démesuré et la technique montre ses limites. Les sangliers ont détruit l’installation, sans compter qu’il était impossible de mesurer le volume d’eau réellement absorbé.
- La sélection : accompagner les jeunes arbres les premières années est logique, mais si une plante ne parvient pas à s’installer seule par la suite, c’est qu’elle n’est tout simplement pas adaptée à son emplacement.
- Le lien au vivant : arroser les jeunes plants à l’arrosoir ce n’est pas toujours une corvée, cela peut être même un plaisir. C’est un moment d’observation directe pour mieux comprendre le fonctionnement du monde végétal.
- La sobriété technologique : l’automatisation systématique n’a pas des effets néfastes que sur les végétaux. Elle façonne aussi les modes de vie. On se retrouve avec des fruits gorgés d’eau sans saveur, et une société en quête permanente d’outils pour éviter le moindre effort. Le goutte-à-goutte est une fausse solution miracle dont on néglige les effets indésirables à long terme.
- Le questionnement des habitudes : combien de jardiniers passent leur vie à irriguer des sujets qui se porteraient peut-être mieux sans cette supplémentation ?
- L’apprentissage par l’échec : la perte d’un plant face à la sécheresse apporte un enseignement précieux, que je partage avec d’autres.
- La diversité végétale : devoir remplacer une plante m’incite à explorer l’immense catalogue de la nature (près de 500 000 espèces répertoriées). Cela me fait mesurer la difficulté d’adaptation des végétaux face aux hausses de température.
- La cohérence philosophique : la façon dont on incarne nos convictions dans le réel compte autant que les idées. L’idée n’est pas de plier la nature à nos exigences, mais de comprendre ses mécaniques. Un malade peut être maintenu sous perfusion, mais ce n’est pas une situation pérenne. Beaucoup de nos dérives viennent sans doute de ces artifices qui faussent notre rapport au vivant. En d’autres termes, on soigne les symptômes sans s’attaquer aux cause profondes.
- L’homme pressé aura toujours mille raisons de recourir à des technologies lui facilitant la tâche. À chacun de juger si cette facilité n’a pas un arrière-goût de compromis.
- Je pense que les végétaux qui poussent vite sont gorgés d’eau et moins résiliant. Des plantes moins turgécentes semblent mieux endurer les sécheresses.
- Dernier point qui me vient en tête : la qualité de l’eau d’arrosage. Je me demande si parfois un arrosage avec une eau dure n’est pas plus néfaste que d’attendre la prochaine pluie !
J’admets volontiers que mon point de vue soit archaïque, et je ne cesse de recevoir des remarques qui ne sont pas toujours formulées aimablement. A ce propos, la Fontaine dirait ironiquement que « La raison du plus fort est toujours la meilleure ».
Autre argument mis en avant, la souffrance des plantes. Je ne pense pas que l’on puisse appliquer au monde végétal sans cesse en train de se recycler la notion de douleur. Lorsqu’il y a un stress hydrique les feuilles ferment leur stomates, réduisent leur surface, c’est un processus naturel. Y associer des sentiments de souffrance, est à mon avis discutable.
Concernant le paillage, mes observations de cet été sur le terrain présenté dans la vidéo montrent qu’il est resté inefficace dans ces conditions. Pire, des zones non paillées s’en tirent finalement mieux. C’est déconcertant, mais le terrain a toujours le dernier mot. La nature est têtue !
Autour de moi et dans le groupe Acclimatons, personne ne gère l’arrosage comme moi et tant mieux, j’aime cette diversité d’action. Quand bien même j’ai énuméré un certain nombre d’arguments en défaveur du goute à goute, je cultive l’ouverture et la curiosité, car sait-on jamais !
annexe :
Le réseau mycorhizien repose sur une logique d’exploration spatiale : le champignon développe ses hyphes extrêmement fines dans des micro-espaces inaccessibles aux racines, multipliant parfois par dix à cent la surface de prospection en eau et en minéraux (notamment le phosphore).
L’impact du goutte-à-goutte sur cette dynamique symbiotique se manifeste à plusieurs niveaux. En apportant l’eau toujours au même endroit précis, le goutte-à-goutte crée une zone restreinte d’humidité constante, entourée de zones sèches. Les racines se développent principalement dans ce bulbe d’humectation. Le champignon, n’ayant plus besoin d’étendre son réseau très loin pour trouver l’humidité, restreint son périmètre. Si l’arrosage s’arrête brutalement, la plante se retrouve démunie, sans l’extension de réseau nécessaire pour aller puiser plus loin.
La symbiose est un échange marchand entre la plante et le champignon : la plante fournit du carbone (sucres issus de la photosynthèse) en échange de l’eau et des nutriments apportés par le champignon. Si une plante reçoit son eau et ses nutriments en permanence de façon directe et sans effort (ce qui arrive souvent en arrosage automatisé, surtout s’il y a fertilisation), elle a tendance à émettre moins de signaux chimiques (comme les strigolactones) pour inviter les champignons à se coloniser. Le taux de mycorhization a alors tendance à régresser.
Un goutte-à-goutte mal réglé qui maintient le sol gorgé d’eau sur une petite zone crée des micro-zones d’asphyxie. Les champignons mycorhiziens sont des organismes strictement aérobies : un excès d’eau continu étouffe le réseau mycélien tout autant que les racines.
L’installation de tuyaux et leur maintenance au niveau de la surface peuvent inciter à des interventions manuelles fréquentes qui brisent mécaniquement le réseau mycélien, bien que la présence du tuyau en elle-même ne soit pas le facteur principal d’interruption mécanique.
Dans une logique où l’on cherche à développer la résilience propre de l’arbre et à stimuler l’extension naturelle du système racinaire et mycélien, le goutte-à-goutte perturbe donc cette symbiose en la rendant paresseuse ou circonscrite au seul volume de sol humecté.





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