Blog

Manguiers rustiques

Je vous propose la traduction d’un article d’Axel adminitrateur du site cloudforest relatif aux mangues rustiques. Voici l’original :
http://www.cloudforest.com/cafe/gardening/the-hardy-mango-for-real-t6265.html

J’ai rendu visite au grand spécialiste des mangues à savoir Tim Thompson, et nous avons longuement échangé sur le sujet. L’histoire débute il y a environ 40 ans, lorsque Tim a importé près de 10 000 graines de variétés indiennes de mangues. Il a choisi des variétés indiennes car il suspecte qu’elles renferment un gène récessif de résistance au froid. Il a sélectionné des variétés indiennes particulières. Il ne divulguera pas les noms car c’est un secret commercial ! Mais cette première sélection n’est pas étrangère au fait que certaines variétés de mangues sont endémiques du sud de l’Himalaya, proche des glaciers apparus pendant la dernière période glaciaire. Aucun des parents ne présente de résistance au froid. Mais il pensait qu’un gène de résistance au froid était en réserve dans la patrimoine génétique. Afin d’exprimer ce gène il a entrepris de faire pousser les 10 000 graines. Celles-ci ont toutes été exposées à des conditions hivernales sans abris dans une zone où les gelées sont régulières, les températures minimales habituelles sont de -2.5°C (27-28F). En plus de la rusticité, il a sélectionné deux critères supplémentaires : la qualité gustative et la résistance à l’anthracnose (maladie fongique). Avant même d’avoir choisi la rusticité, la majorité des semis ont succombé à l’oïdium (anthracnose). Un lot de plus a été éliminé par les gelées régulières ; puis les manguiers produisant des fruits de saveur inférieur ont également été écartés. Le résultat final est une douzaine de variétés qui ont des caractéristiques supérieures et semblent être de bons candidats pour la culture commerciale de la mangue en Californie du Sud. Le seul manguier mûr lors de ma visite était la variété Tequila Sunrise, non seulement le fruit sentait bon, mais il avait l’air incroyablement délicieux. C’était une mangue de petite taille, peut-être comme une Manilla, mais la taille était suffisante pour la commercialisation. Je pense que le fait que le fruit soit petit signifie qu’il est capable de mûrir avec moins de chaleur. J’attends toujours que les fruits mûrissent un peu plus avant de les consommer, mais en me basant sur leur parfum il ne fait aucun doute que la saveur sera au rendez-vous !

Tim a fait ce travail de sélection à la fin des années 80. Des le début des années 1990, Tim cultivait tous ses cultivars dans son jardin de Camarillo (nord oeust de Los Angeles à une dizaine de kilomètre de la côte pacifique) au moment où le gel de décembre 1990 a sévit. C’était le gel du siècle, apportant des conditions beaucoup plus sévères que celles pour lesquelles ses mangues avaient été sélectionnées. Le gel s’est avéré être une expérience positive fournissant des données supplémentaires sur la rusticité : le jardin de Tim a atteint son point le plus bas à -4°C (25F). La plupart de ses mangues ont subi divers dégâts du au froid, à l’exception du manguier Antonio. Cette variété n’a subi absolument aucun dommage. Tim ne sait pas vraiment quelle température minimale la mangue Antonio est capable d’encaisser, mais il sait dors et déjà que c’est inférieur à -4°C. Une grande partie du jardin de Tim est une forêt de manguiers ! Les arbres devenus grands se touchent. Il y a des mangues de partout. Le gel de 1990 a frappé la Californie du Nord avec beaucoup plus de vigueur que la Californie du Sud. Je n’ai pas pu trouver de données pour Camarillo, mais à Oxnard (sur le côte) la température n’a chuté que de -2.2 °C (28F) en 1990. Il est donc tout à fait plausible que les minima de Camarillo soient de -4°C. Sans de véritables relevés météo, il est impossible de savoir à quel point la mangue Antonio est robuste. C’est pourquoi Tim propose aux agriculteurs de l’essayer sur une zone allant de Fresno (dans la vallée centrale) jusqu’à la frontière mexicaine. Si vous recherchez la rusticité, la mangue Antonio est certainement la plus prometteuse et peut-être la mangue la plus rustique jamais cultivée. Le reste des sélections de mangues de Tim devrait bien se développer en Californie du Sud, mais pourrait s’avérer médiocre en Californie centrale. La plupart des variétés de Tim élargissent la zone de culture de la mangue. Antonio est très prometteur et pourrait étendre la culture commerciale au nord jusqu’à Fresno en Californie centrale. Bien sûr, une mangue plus résistante pourrait également amener la culture de la mangue dans d’autres parties du sud-est du pays, telles que le centre et le nord de la Floride et certaines parties de la Géorgie et de la Louisiane. Mais il s’agit là d’un tout autre sujet ! Gardez à l’esprit que Tim a sélectionné ses variétés capables de prospérer en Californie du Sud. Camarillo est à environ 10 miles de l’océan et les températures estivales sont autour de 27°C avec des minima (température nocturne) d’environ 16°C. Même si Antonio est un cultivar résistant, il est peu probable qu’il produise des fruits de qualité sans chaleur suffisante. Cela fait que la vallée centrale et la zone intérieure de la baie sont mieux protégées que les climats côtiers dépourvus de chaleur estivale.

Pour conclure, disons que les cultivars de mangues de Tim sont très prometteurs. Ils permettent d’entrevoir une production facile et fiable de mangues dans la majeure partie des zones côtières de la Californie du sud. La variété Antonio est également prometteuse pour les régions chaudes d’été de la Californie centrale. Au vue de ses qualités les variétés de mangue de Tim font fureur dans les cercles du CRFG (Californian Rare Fruit Growers, https://crfg.org/) et Tim est en rupture de stock jusqu’à ce qu’il puisse mettre en place la production de plants avec plusieurs pépinières. Actuellement il faut passer par des pré-commandes et des achats groupés auprès des sections locales de CRFG pour obtenir le précieux sésame.

 

Mise à jour :
Voici le témoignage d’un habitant de Phoenix (Arizona) qui a perdu son manguier Antonio après deux nuit à 27°F (-3°C), malgré la protection :

Et voici un voisin (toujours Phoenix) qui parvient à maintenir ses manguiers (regardez la proximité avec le mur) :

 

4 comments were added, add yours.

  1. Charpentier Jean-Loup

    Tu as reussi a recupérer certains de ces cultivars ?

    • Benoit Vandangeon

      Non, mais j’ai de temps en temps des plants de manguiers qui poussent spontanément dans mon jardin, mais elles ne passent pas l’hiver…
      Je vais retenter avec des graines de mangues espagnoles et pakistanaises.

      • Charpentier Jean-Loup

        Très interessant en tout cas, moi ce sont les avocatiers qui poussent tout seul dans le compost affaire a suivre !

  2. yan

    Le top vraiment quel chance :))Merci pour la video:)