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Semis de pommiers

Il existe de nombreuses techniques pour reproduire des arbres fruitiers. On peut les classer en deux catégories :

  • la reproduction sexuée (semis de graines)
  • le clonage (bouture, marcottage, greffe)

La reproduction sexuée est aujourd’hui dépréciée. On met généralement ses inconvénients en exergue ; sans préciser que ses défauts cachent parfois des qualités. Ainsi, on évoque le fait que le semis n’est pas fidèle à l’original. Ce qui est vrai pour la plupart des fruitiers ; mais le brassage génétique qui engendre de nouveaux individus peut produire des variétés intéressantes. Ainsi « les semis chanceux » sont à l’origine de la plupart des variétés connues. En évitant la reproduction sexuée des végétaux, les jardiniers amateurs signent l’arrêt d’une longue tradition. N’est-ce pas M. Hass qui a découvert dans son jardin une fameuse variété d’avocats qui aujourd’hui représente 80% du marché ?

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pommier issus de semis

Aujourd’hui, la reproduction sexuée semble être réservée aux laboratoires. La sélection est devenue une science, mais le succès n’est pas toujours au rendez-vous. Ainsi les consommateurs sont parfois inondés par de nouvelles variétés qui ont des qualités organoleptiques faibles (par exemple les nouvelles tomates). Au final, les variétés anciennes semblent être un gage de saveur et l’on se méfie souvent des nouvelles obtentions.

A mon avis, il est temps de rétablir certains faits et ne pas succomber aux influences d’acteurs rarement désintéressés.  Et dans ce contexte, rien ne vaut l’expérience ! Ainsi, je suis amené à apporter des nuances au dogme « le semis n’est pas fidèle à l’original ». Certains fruitiers sont assez fidèles au semis : abricoter, prunier, néflier du Japon, certains agrumes… Pour les autres, le semis donne des résultats très variables. C’est en particulier le cas des pommiers et poiriers. C’est la raison pour laquelle je vous livre le retour d’une expérience menée il y a 12 ans.

Un ami a ramené du marché de Gaillac une variété locale de pomme cultivée sur les rives du Tarn. Je l’ai trouvée particulièrement bonne, et j’ai décidé de planter les pépins. N’ayant pas un jardin suffisamment grand pour accueillir les plants, je les ai proposé à mes parents. Ils ont une parcelle qui se prête mal à la culture de pommiers : le sol n’est pas profond (30 cm de terre avant de toucher le roc !). C’est une terre souvent destinée à la vigne. Mais mon père l’a enrichie au point qu’elle donne de très bons légumes. Les pommiers ont du être planté en 2004. En c’est environ 10 ans plus tard qu’ils ont donné leurs premiers fruits. Il y a – de mémoire – quatre arbres, dont trois qui fructifient. Aucun des trois arbres ne donne des fruits semblables quand bien même les pépins sont issus de la même variété ! Le seul point commun : les pommes ont un petit calibre. Peut-être que les fruits gagneraient à être éclaircis ? Une des variétés est très parfumée : de véritable petits bonbons !

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Une autre ressemble à la pomme Reine des Reinettes,

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tandis que la dernière est jaune comme la reinette du Mans.

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Les arbres – de plein vent – sont assez vigoureux ; ils souffrent un peu de la chlorose et les vers s’attaquent aux fruits.

Cette expérience montre plusieurs choses :

  • le semis de pommier peut donner naissance à des variétés digne d’intérêt. Avant d’habiter l’albigeois, mes parents avaient un verger de pommiers en Anjou et pensaient ne pas pouvoir obtenir de pommes sur le causse. Ils sont agréablement surpris et enthousiastes quant au parfum de certains fruits.
  • la mise à fruit est bien plus longue que dans le cas d’un arbre greffé. En revanche, les premières récoltes sont assez significatives et la durée de vie d’un arbre issus de semis serait bien plus longue que celle d’un arbre greffé (ce point n’a pas pu être vérifié) !

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A mon avis, l’arbre semé et l’arbre greffé répondent a des besoins différents. Pour une personne qui a un jardin de petite taille et qui ne souhaite pas attendre ; il est logique de privilégier l’arbre greffé (tel que ceux proposés par les pépiniéristes). En revanche, pour ceux qui ont un grand jardin, il serait dommage de ne pas tenter sa chance ! Parallèlement aux arbres greffés qui porteront rapidement des fruits identifiés, les semis de graines donneront naissance à des arbres robustes et des fruits originaux !

Je pense que le semis répond à un certains état d’esprit, particulièrement respectueux des lois naturelles et curieux des combinaisons obtenues par le brassage des gènes.

Un article intéressant sur ce sujet :
http://pomologie.com/pomme1/varexp/index.html

2 comments were added, add yours.

  1. kiki

    En fait , benoît , tu nous avais donné 6 arbres . Sur les 6, 2 ont donné des pommes au bout de 5 ans environ et au bout de 10 ans tous donnent un peu ( quantitativement 3 donnent de manière satisfaisante et les 3 autres commencent ) .
    Il faudra apporter plus de soin à la taille et traiter surtout contre les vers .
    Ce qui est positif aussi , c’est que malgré la proximité d’une haie de buis ( le buis est terrible pour les jeunes arbres fruitiers car ses racines superficielles font une compétition difficile à soutenir ) ces arbres se développent bien .

    • Benoit Vandangeon

      Merci pour ces précisions. Je pense que le bilan reste globalement positif. Et si des arbres demeurent peu productif, on peut les enlever sans regret car ils n’ont rien coûté ! En revanche, les arracher – vu leur taille – c’est pas une mince affaire !